La Mecanic Vallée, un eldorado industriel rural

La Mecanic Vallée, un eldorado industriel rural
28.09.16

Aux confins de l'Aveyron, du Lot et de la Lozère, 200 entreprises de mécanique automobile et aéronautique prospèrent. ¤ Usine du futur pour Bosch et Figeac Aéro, mais aussi impression 3D, ces industriels montrent qu'il est possible de se développer loin des grandes villes.

 

C'est un petit eldorado industriel. Du nord de l'Aveyron et du Lot au sud de la Corrèze, la Mecanic Vallée développe l'industrie dans un territoire rural sans grande ville ni université. Quelque 200 entreprises de mécanique automobile et aéronautique emploient 14.000 personnes dans ce territoire rural au sud du Massif central resté longtemps enclavé avant la construction des autoroutes A20 et A89. L'éloignement des pôles économiques de Toulouse et de Clermont-Ferrand a incité les entreprises et les collectivités locales à se fédérer dans le système productif local (SPL) Mecanic Vallée à la fin 1998, pour former un réseau de partenaires autour des principaux industriels comme le fabricant d'hélices Ratier Figeac (UTC) dans le Lot et les équipementiers automobiles Robert Bosch à Rodez (Aveyron) et Borg Warner à Tulle (Corrèze).

Près de 150 entreprises totalisant 2 milliards d'euros de chiffre d'affaires adhèrent à l'association. Et ça marche. « Leur effectif augmente de plus de 200 salariés par an, se félicite Hervé Danton, délégué de l'association Mecanic Vallée. Nous étions tombé sous les 11.000 salariés fin 2010 avec la crise et nous sommes remontés à 12.500 fin 2015. » Le taux de chômage est inférieur à la moyenne nationale, à 7,7 % dans l'Aveyron, 8,5 % en Corrèze et 9,5 % dans le Lot au troisième trimestre 2015. Même si les étudiants partent dans les grandes villes, la population des trois départements a augmenté de 35.000 personnes entre 1999 et 2013, sur un total de 700.000 habitants.

De 1980 à 2000, l'Etat a attribué des aides à la revitalisation de l'ancien bassin minier de Decazeville (Aveyron). Des entreprises s'y sont développées comme le fabricant de carters de moteurs de voiture SAM Technologies (groupe Arche), qui emploie 500 personnes à Viviez (Aveyron). Mais, depuis dix ans, c'est l'aéronautique qui tire l'industrie. Exemple le plus frappant, la petite ville de Figeac dans le nord du Lot, compte plus de 2.000 emplois aéronautiques pour 9.000 habitants ! Le pionnier Ratier Figeac emploie 1.200 salariés et fait travailler 300 sous-traitants dans la fabrication des hélices des avions ATR, A400M et d'équipements de cockpit.

Diversification

A côté, un ancien ingénieur de Ratier, Jean-Claude Maillard, a fondé une incroyable success-story : le sous-traitant Figeac Aéro, qu'il a fondé en 1989, emploie 1.900 salariés, dont un millier dans la cité lotoise ! Il ouvrira à la fin de l'année une usine du futur robotisée, d'un coût de 35 millions d'euros, visitée en avril 2015 par le président de la République. Elle fabriquera les carters du nouveau moteur Leap des Boeing 737 Max et A320 neo, en vertu d'un contrat de 500 millions de dollars sur dix ans de Safran. L'aéronautique pèse aujourd'hui 55 % de l'activité de la Mecanic Vallée, mais l'automobile (35 %) se maintient bien autour de Bosch (lire ci-dessous) et de l'équipementier américain Borg Warner, qui emploie plus de 600 personnes à Tulle dans la fabrication de modules de boîtes de vitesse automatiques. « Il n'y a pas que l'aéronautique et l'automobile, nos entreprises se diversifient dans l'entretien des centrales hydroélectriques d'EDF, le secteur médical et les machines pour l'agroalimentaire », souligne Bernard Dalmon, président de la Mecanic Vallée et du bureau d'études Défi 12 près de Rodez. Trois groupements de PME se sont constitués pour répondre aux appels d'offres de maintenance des centrales d'EDF sur le Lot, la Truyère ou la Dordogne. Les entreprises échangent leurs pratiques dans des groupes de travail sur la robotique et l'efficacité énergétique des usines.

Les lycées professionnels se remplissent

La Mecanic Vallée veut créer maintenant une plate-forme de test de l'impression 3D à Figeac. Sa plus grande réussite est d'attirer à nouveau les élèves dans les formations de mécanique après huit années de sensibilisation. « La crise aidant, les jeunes ont vu qu'il y avait du travail ici et le taux de remplissage des lycées professionnels est remonté à 90 %, contre 55 % il y a dix ans », se félicite Hervé Danton. Comme il est encore difficile d'attirer des ingénieurs dans les petites villes, l'Insa de Toulouse vient d'ouvrir une formation d'ingénieur en apprentissage à Rodez.


En savoir plus sur http://www.lesechos.fr/03/05/2016/LesEchos/22184-106-ECH_la-mecanic-vallee--un-eldorado-industriel-rural.htm#gyruA5V9vKDrcrfA.99